Ivan Haro - Fondation PRO - quand l'économie devient sociale
Par Thierry DIME
Le défi de l'intégration
Avec plus de 700 collaborateurs, dont une majorité en situation de handicap ou de fragilité, PRO illustre une conviction forte : « la performance économique est un levier qui permet d’atteindre la mission sociale ». Cette phrase, prononcée avec calme mais fermeté, résume l’esprit d’un dirigeant qui refuse de dissocier efficacité et humanité.
La thématique clé de son propos est claire : l’intégration par le travail. PRO n’est pas une structure d’assistance mais une organisation qui adapte l’environnement professionnel afin que chacun puisse contribuer. « Une personne qui a un problème de santé, si on adapte son environnement de travail, on pourra lui permettre de continuer à travailler dignement et à contribuer économiquement à la société », expliquait Haro devant un auditoire attentif. Cette approche humaniste, héritée d’un modèle créé en 1987, se traduit par une diversité d’activités allant de l’industrie à la restauration, en passant par les services administratifs. Au cœur de cette vision, trois axes stratégiques structurent l’action de PRO : la satisfaction des clients, le bien-être des équipes et l’amélioration continue. Haro insiste : « La recherche du bien-être des équipes, ce n’est pas des mots dans un rapport, c’est une réalité concrète ». Formation, prévention des risques psychosociaux, adaptation des postes : autant de pratiques qui traduisent une volonté de concilier exigence et bienveillance.
En s’adressant à un auditoire de dirigeants, Ivan Haro dépasse le simple cadre de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) pour proposer un véritable partenariat d'affaires. Qu'il s'agisse d'assembler des vélos électriques, de numériser des dizaines de milliers de documents ou d'assurer le service traiteur d'événements, la sous-traitance inclusive devient un choix stratégique. L'analyse du directeur général invite les décideurs à une profonde réflexion sur leur propre chaîne de valeur. « La performance économique, en réalité, c'est un levier qui permet d'atteindre la mission sociale », résume-t-il.
L'économie du sens
Ce modèle interpelle au-delà de l’entreprise. Dans une société où près de 20 % des personnes vivent avec un problème de santé invisible, PRO rappelle que le handicap n’est pas synonyme d’incompétence. « Prouver chaque jour que handicap n’est pas égal à incompétence », affirme Haro, c’est aussi contribuer à changer le regard collectif. Dans un monde où la productivité est souvent pensée en termes de standardisation, PRO inverse la logique : « Nous séquençons le travail pour permettre à chacun de trouver sa place et un sentiment d’utilité », explique-t-il, citant en contrepoint Henry Ford et Marc Aurèle comme sources d’inspiration paradoxales. L’analyse de cette démarche révèle une tension féconde entre économie et humanisme. PRO vit à 80 % des biens et services qu’elle délivre à ses clients, preuve que l’intégration peut être économiquement viable.
Mais au-delà des chiffres, c’est une philosophie de société qui se dessine : celle d’une économie inclusive, où la valeur créée ne se mesure pas seulement en marges, mais en dignité retrouvée. Cette présentation bouscule nos certitudes : et si la véritable maturité d'une économie moderne ne se mesurait pas à sa capacité à trier les plus forts, mais à son aptitude à maximiser le potentiel de chacun ? Une interrogation qui résonne durablement avec les valeurs de service et de solidarité du Lions Club.