Concert caritatif - De l’émotion à l’engagement

Mercredi 4 février, à Lancy, la musique a dépassé le simple registre de l’émotion pour devenir un véritable acte de solidarité. Portée par l’élan de Monique Roiné, présidente du Lions Club Genève, et honorée par la présence exceptionnelle de Christoph Witschi, Gouverneur du District 102 West des Lions Clubs, cette soirée caritative a rassemblé artistes, citoyens et membres du Lions autour d’une cause encore trop méconnue : celle des enfants aidants.

Par Thierry DIME

Quand la détresse sort de l’ombre

Cette soirée caritative n’était pas qu’un concert. Elle était le premier acte d’un projet plus vaste, pensé comme une mise en lumière de l’invisible. En prenant la présidence du Lions Club Genève en septembre 2025, Monique Roiné a choisi un cap qui s’est imposé à elle avec évidence : les enfants aidants. Forte de vingt-cinq années à la tête d’établissements scolaires, elle sait combien certaines détresses passent sous le radar. « On rencontre des enfants en grande détresse. Et je pense que, parfois, on passe à côté de l’essentiel », rappelait-elle avec une lucidité empreinte d’émotion. Cette phrase résonnait d’une manière particulière ce soir-là, tandis que les élèves de l’Institut international de Lancy assuraient la première partie avant l’entrée en scène du groupe professionnel Fontenioux Lak and Co.

La thématique clé qui traversait la soirée était celle du regard : qui voit vraiment ces enfants ? Qui reconnaît leur rôle, leur fatigue, leur courage, leur solitude parfois ? Le concert, au-delà de sa réussite artistique, a fonctionné comme une prise de conscience collective. La musique, plus que les discours, a rendu sensible ce que les chiffres peinent à traduire : la charge émotionnelle et pratique que portent ces jeunes aidants.

L’un des moments les plus marquants fut la chanson composée spécialement pour l’association, intitulée « M’asseoir à tes côtés ». Jean-Philippe Trabichet, présent dans la salle, l’a souligné avec sincérité : « Ce qui m’a marqué dans ce concert est l’émotion de la composition de la chanson spécifique pour l’association des enfants aidants. “M’asseoir à tes côtés”, c’était vraiment le sommet. » Dans ces mots, il y avait l’essence même du projet : offrir présence et écoute plutôt que pitié ou distance. La convivialité de la soirée a également frappé les participants. Pour Ahlin Jeannette, membre fondatrice du Lions Club Geneva Nations, « j’ai eu énormément de plaisir à passer cette soirée, c’était très convivial ». Cette dimension chaleureuse n’était pas anecdotique : elle rappelait que la solidarité ne naît pas seulement de la gravité des causes, mais aussi du plaisir partagé d’être ensemble au service de quelque chose de juste.

Pour Christoph Witschi, Gouverneur du District 102 West des Lions Clubs, qui avait fait le déplacement depuis Berne pour témoigner de son soutien à l’initiative genevoise, ce type d’événement s’inscrit pleinement dans son rôle de gouverneur et dans la philosophie du mouvement Lions. « J’apprécie particulièrement de partager ces moments conviviaux, des soirées qui allient solidarité, rencontres et actions concrètes. Elles montrent la force de notre réseau et l’impact réel que nous pouvons avoir ensemble », expliquait-il. Sa présence rappelait que le Lions Club Genève ne travaille pas en vase clos, mais s’inscrit dans une communauté de plus de 100 clubs à travers le district, tous animés par le même esprit de service. Christoph Witschi a aussi souligné combien ces initiatives culturelles et caritatives font partie intégrante de son année de gouvernorat : « Mon année est rythmée par des soirées conviviales, des événements culturels et des actions caritatives. J’aime l’art, la musique, et toutes les formes d’expression qui rassemblent les gens autour d’une cause commune. Je suis vraiment très heureux d’être venu à Genève ce soir. »

Une symphonie de solidarité

Le sens du concert dépassait toutefois le simple moment festif. Tous les dons récoltés doivent financer la réalisation d’un court-métrage de sensibilisation, destiné au grand public et aux professionnels, et remis à l’association Enfants aidants. Le scénario est prêt, l’équipe de production constituée, et le tournage devrait débuter au printemps. Là réside sans doute l’idée forte du projet : transformer l’émotion en action durable, et l’élan caritatif en outil concret de prise de conscience collective. Dans une société où l’on parle beaucoup de performance, d’efficacité et de réussite, les enfants aidants incarnent un paradoxe poignant. Ils font preuve d’une maturité et d’une responsabilité exceptionnelles, mais au prix d’une enfance parfois sacrifiée. Le projet porté par Monique Roiné interroge ainsi notre modèle social : comment mieux repérer, soutenir et protéger ces jeunes, sans les enfermer dans leur rôle d’aidants ?

En fin de soirée, alors que les derniers accords résonnaient encore, beaucoup semblaient repartir avec une conscience élargie. Non pas une culpabilité, mais une responsabilité partagée : celle de ne plus détourner le regard. Le futur court-métrage ne sera pas seulement un outil de sensibilisation ; il sera un miroir tendu à la société, invitant chacun à se demander comment mieux accompagner ces enfants. Peut-être est-ce là le sens profond du lionisme : rappeler que le service ne commence pas par les grandes déclarations, mais par une attention humble aux plus fragiles. En choisissant les enfants aidants comme fil rouge de son mandat, Monique Roiné ne porte pas seulement un projet caritatif, elle ouvre une réflexion collective sur ce que nous voulons protéger, transmettre et regarder vraiment.