Monica Ballús : du dépassement de soi à l’engagement collectif
Par Thierry Dime
Quand elle a pris la parole, sa voix n’était pas celle d’une technicienne du leadership, mais celle de quelqu’un qui a vécu ses idées. Née à Barcelone, ingénieure de formation, entrepreneure et aventurière internationale, Monica Ballus a exploré le monde, autant physiquement qu’humainement, jusqu’à obtenir reconnaissance et records (y compris un record Guinness en kitesurf) avant de se tourner vers la transmission de ses apprentissages . Cette trajectoire singulière donne du poids à chaque mot qu’elle prononce, car elle incarne ce qu’elle enseigne. Sa présentation, construite autour de deux récits personnels, n’était pas un simple récit d’aventures, mais une invitation à comprendre ce qui distingue ceux qui inspirent durablement des leaders ou organisations qui doivent sans cesse convaincre. Elle commence par une question qui agit comme une clef de lecture : « Quelle est, selon vous, la différence entre quelqu’un ou une organisation qui inspire et une autre qui doit sans cesse relancer et convaincre ? »
Cette interrogation n’est pas rhétorique, elle devient le fil conducteur d’une exploration qui dépasse le cadre de l’anecdote : « La culture d’entreprise », disent certains. « La transmission de valeurs ». « S’occuper du facteur humain », renchérissent d’autres. Et c’est bien là que Monica Ballus trouve son point d’encrage : dans l’humain au cœur des dynamiques sociales et organisationnelles. Son premier récit est celui d’un moment de vulnérabilité au large des côtes brésiliennes avec Raphaël, jeune homme atteint de paralysie cérébrale dont le rêve était simplement d’aller à la plage, puis de surfer. Et dans cette scène d’apprentissage avec Raphael, Monica découvre ce qui va changer son rapport à ses propres projets : ce n’est pas le challenge pour lui-même qui compte, mais le pourquoi. Ce qui se joue dans cette histoire dépasse la sensation sportive : ce que Monica appelle le “pourquoi” renvoie directement à une loi essentielle du leadership inspirant telle que popularisée par Simon Sinek, qu’elle cite elle-même : les organisations et les personnes qui inspirent commencent par le pourquoi, avant le comment et le quoi. Cela veut dire toucher d’abord « la raison d’être », puis le cœur, pour mobiliser non seulement l’action mais aussi l’engagement durable. Dans une entreprise comme dans une équipe, elle explique que sans sens partagé, les efforts, même bien intentionnés, restent dispersés et inefficaces.
Le second récit prend place dans les profondeurs de la jungle costaricaine, lors d’une expédition de canyoning avec un groupe, tous animés par motivations différentes mais convergentes dans un même objectif.
Là encore, Monica met l’emphase sur deux éléments essentiels de ce que l’on appelle aujourd’hui la cohésion : « …on avait tous des pourquoi différents… », dit-elle, mais ils avaient une chose en commun : un engagement total envers un objectif collectif et une préoccupation sincère les uns pour les autres. Cette expérience, raconte-t-elle, fut pour elle « la meilleure expérience d’équipe de [sa] vie ». Dans des conditions extrêmes où l’erreur pouvait être fatale, ce n’était pas l’ego qui guida chacun, mais la clarté d’un objectif commun et l’attention portée au groupe. Et c’est, selon elle, ce qui permet à une organisation de tenir face à l’adversité : une cohésion d’équipe alignée sur une stratégie claire et partagée, là où d’autres échouent car leurs objectifs restent individuels ou flous.
L'itinéraire de Monica Ballús invite à reconsidérer nos rapports à l'engagement, qu'il soit professionnel, associatif ou personnel. Dans un environnement où l'on confond souvent agitation et action, stimulation et motivation, elle rappelle que l'énergie durable naît de la rencontre entre un pourquoi viscéral, des liens humains authentiques et un objectif partagé. Les clubs service tels que le LIONS Club, par leur nature même, incarnent cette triple dimension. Reste à s'assurer que le pourquoi demeure vivant, que les liens se cultivent au-delà des rituels, et que l'objectif continue d'inspirer plutôt que de contraindre.